Bon, j'arrive pas à me passer de mon blog. Remarquez, ce n'est pas simple. J'ai une relation presque aussi conflictuelle avec ce blog qu'avec certaines autres choses du monde. Des fois, ça me plaît. D'autres fois, je me sens violée dans mon intimité par certains lecteurs (paradoxalement) et je me replie dans ma coquille. C'est ce que j'ai fait il y a deux semaines en effaçant tout. J'ai réalisé que j'avais trop parlé de ça, de mon écriture, de ma vie, de mes amours, en faisant lire mon blog à une collègue de travail. Mauvais choix, trop loin de ce que je voulais faire de ce blog à l'origine. J'avais pas envie, tout à coup, qu'elle remonte à mes amis au fil des hyperliens, au blog de S, à celui de Jo, à mon chum, aux photos de Claude sur Flickr, etc. Ça devenait trop, trop près de moi - et puis j'ai vu dans ses yeux une putain de curiosité vorace, du genre écho-vedettes, paparazzi. Non, je me suis dit, mon blog c'est une expérience d'écriture et je ne veux pas que ce soit confondu avec ma vie réelle - c'est autre chose. Un besoin de créer que je tente d'assouvir en attendant d'avoir une idée pour de la fiction, par exemple. Un échantillon de réflexions sur la vie. Quelque chose que je donne à des amis choisis et pas à tout le monde. Bye, je le delete, je te le donne pas.
J'ai gardé ce que j'avais fait, par exemple. Ça donne pas loin de 140 pages à interligne simple. Le travail d'une année complète. J'ai commencé à relire certains posts, et puis j'essaie de m' en inspirer (voire de les recycler, carrément) pour une nouvelle. J'écris encore dans mes thèmes fétiches, je potasse un truc sur les relations de couple qui chient - c'est drôle, avant, ça m'obsédait parce que mon couple allait mal ; maintenant ça m'intéresse encore parce que mes amours vont bien, ça m'intéresse par contraste, à chaque nouvelle belle chose qui m'arrive avec mon chum, je me dis (enfin, je me dis pas toujours ça systématiquement comme une grosse cynique, ou une grosse vache, c'est juste une manière de parler!) que ce sont là les choses qu'on perd, un jour, si on n'a pas de chance. Et ça donne des trucs fascinants.
En effet, Sa m'a fait remarquer hier soir à quel point je suis différente de sa coloc qui s'en va aussi habiter chez son chum cet été. Et qui ne prépare rien. Qui n'a fait aucune boîte, qui n'a aucun plan de peinture ou de déco. Le rêve, pour un mec, quoi. Et moi, je suis l'inverse. J'ai eu besoin d'investir les lieux peu à peu, mais de manière continue. De repeindre pour changer l'identité de certaines pièces, pour me les approprier. Je place avec un plaisir évident des objets dans des armoires ou des garde-robes. Je déballe mes tasses et mes bols et je réfléchis réellement à l'endroit où je vais les mettre. C'est pas que je suis en train de devenir une Martha Stewart. Non, je pense que c'est plutôt parce que je vois dans chacun de ces gestes un genre de preuve tangible de notre amour. On a peint ça ensemble, on a décidé d'acheter ceci à deux. J'ai placé ça là pour nous rendre service à tous les deux, pour bâtir un foyer confortable. Eh oui, je suis une vraie Femme et je m'en rends bien compte - mais c'est bien beau de vivre des émotions indescriptibles et de pester contre le réel et la vie adulte (et ses frais) - n'empêche. C'est bien dans le réel qu'on trouve un semblant d'illustration de ce que l'on ressent.
Volontaires pour de la peinture, veuillez vous identifier. :)
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